ELOGE DE LA FUMELLE 1/3
Première partie
DU FANTASME AU CONCEPT
Quand on aborde le métier de la photographie il est légitime d’imaginer que l’on pourrait faire la sortie du Carlton un soir de mai pendant le Festival, bardé de beaux appareils sur son “Perfecto” élimé (on a déjà du vécu), et mitrailler les starlettes en mal de médiatisation. Il est tout autant légitime de se la jouer “Blow-up”, (ah, ça y est vous êtes touchés), vociférant après de pieuses créatures drapées dans des blisters de luxe. On a le droit de fantasmer sur ses capacités à “faire du nu(e)”, soft bien sur, belle lumière, dans une ambiance feutrée à peine secouée par le bruit de fond de la trompette de Chet Baker et les effluves ambrées du n° 5 de Chanel. Tout ça on a le droit.
A la première commande d’un packshot d’un pack de bière on trouve le fantasme décalé et même avec la mousse on se dit qu’à la première occasion on s’emparera du budget lingerie que le confrère traite si mal que c’en est une honte et qu’on apporterait tellement mieux au client parce que… finalement on sent bien ce truc là ! Mais bon, indulgence, on “aborde”. Arrive le jour bénit parce qu’à force de vouloir on a le pouvoir. Et là commence la découverte d’un univers diamétralement opposé aux rêveries du photographe solitaire.
Pour commencer il faut comprendre puis admettre que l’homme ne peut voir la femme comme la femme voit la femme et le problème c’est que la lingerie photographiée par l’homme dont on parle est achetée par la femme dont il est question, en l’occurrence la cliente du client (l’industriel), qui peut être un homme ou une femme souvent les deux. (pas en même temps mais ensemble, merci). Notre photographe, le surmâle, doit donc se mettre dans la peau de la femme, ce qui, il faut bien le dire, n’est pas une métamorphose innée. Mais enfin mâle et femelle ont ce point commun, ils aiment séduire, c’est même une impérieuse nécessité (Si vous connaissez des personnes de tout sexe attachées à ne pas séduire, vous devez certainement et logiquement ne pas souvent vous rencontrer). Notre photographe apprend donc (pas à pas - et encore des petits pas), à connaître les pensées secrètes de la femelle moyenne en terme de séduction. Et c’est vachement subtil, les voies des plus séduisantes créatures sont souvent impénétrables contrairement à ce que certains pourraient croire. Il est primordial de choisir son modèle en fonction du prix moyen du mètre linéaire de string. Plus le prix est élevé et plus top sera le modèle, entendez par là proche des canons en vogue les plus parfaits. Cette adéquation est finalement aussi primaire que fausse puisqu’il est aisé de comprendre que le fric se trouve en général plus abondant là où l’âge s’avance dans les salons huppés… Pour faire simple il serait plus juste de porter une panoplie complète La Perla à vingt ans plutôt qu’une culotte ornée d’éléphants roses à cinquante, encore que… Voilà, on y est, arrive notre modèle, en peignoir blanc, mains croisées pudiquement sur la poitrine frigorifiée, pas vraiment effarouchée mais pas franchement rigolarde. On bosse et le labeur ça laisse de marbre, qu’on se le dise. Le peignoir va naturellement rejoindre le bord de l’espace prévu pour la prise de vue, au quasi garde à vous mais dans un style finement voûté, la dame attend les instructions, attention, trop d’instructions, ce sera propre et figé, pas assez on frôlera le ridicule. Il faut donc un subterfuge, on appelle ça un concept.
Laisser un commentaire
Si vous avez envie de réagir, veuillez remplir le fomulaire ci dessous.


