ELOGE DE LA FUMELLE 3/3
Nous disposons maintenant de 697 images en haute définition desquelles il va falloir tirer la substantifique moelle.
C’est à dire 26 images au total pour le catalogue.
Quand on pénètre dans les locaux réservés aux postes informatiques et plus particulièrement aux postes de retouches et création d’images numériques, ce qui frappe immédiatement c’est ce silence ouaté à travers lequel glissent les soupirs des maîtres és souris et le bain de vapeur dans lequel flotte une odeur de café. Atmosphère…
Là, il est indispensable de faire preuve de grande diplomatie et d’un tact rare afin d’obtenir à partir de l’image sélectionnée, une autre image qui transformera la “fumelle” en carrosse. Les maîtres ont leur susceptibilité.
Car, comme si ça ne suffisait pas, la “fumelle”, damoiselle et jouvencelle, pourtant suffisamment belle, sera plus bronzée, sa chair plus tendre, exempte de toute imperfection, limite sexy. On flirte avec le charme et c’est là que le naturel mâle revient au galop.
Revenons au produit, la lingerie. Est-elle dignement transcendée ? Le concept est-il efficace, la sémantique de l’image bien composée, le budget bien maîtrisé ?
C’est l’heure du doute.
Quelques mois plus tard
…/…
Au cœur des grands magasins
Avec Françoise.
- “Bon, allez… tu viens. J’aime bien les fanfreluches mais ça traîne en longueur”
- “Ouais, je viens je prends juste ça…”
Et là, stupeur et indignation, tu vois ta photo, Ta photo qui t’a tué pendant une semaine l’hiver dernier, pliée en 8 par ta meuf qui de toute manière n’a même pas jeté un œil sur l’image, le petit truc (un cavalier ça s’appelle - ndlr), qui est au-dessus du porte bidulle bien rangé avec ses clones de toutes tailles sous l’affiche qui dit que c’est le printemps et que les filles sont belles comme des fées et qu’à ce prix là faut pas s’en priver. Alors tu lui arraches des mains son petit paquet froissé, extirpes avec rage l’image ratatinée, tu la lui colles sous le nez et l’air de rien, la bouche en cul de poule (mais si), : “T’as vu ma photo, je t’en ai parlé, c’est moi qui ai fait ça, pas maaal…hein ? Elle te regarde avec un sourire convenu, limite condescendant, sort sa carte de fidélité, te susurre “oui-oui” et tu prends vraiment conscience de l’importance de ton œuvre, de ta place dans la société, ton influence sur les astres et décide alors d’aller voir avec elle le dernier film des Frères Cohen où le sang qui coule à flots et l’humour sauvage et destructeur ramèneront ta “fumelle” à de meilleurs sentiments.
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